Chapitre 6 – Au-delà de l’affaire Kwong : une autre façon de réfléchir aux délais fiscaux

Chapitre 6 – Au-delà de l’affaire Kwong : une autre façon de réfléchir aux délais fiscaux

Depuis le début de ce feuilleton judiciaire, nous avons beaucoup parlé de délais.

Depuis le début de ce feuilleton judiciaire, nous avons beaucoup parlé de délais.

Des délais pour préparer et déposer une déclaration.

Des délais pour demander un remboursement.

Des délais qui pourraient avoir été suspendus pendant la crise sanitaire.

À première vue, toutes ces discussions peuvent sembler très techniques.

Elles le sont.

Mais elles racontent aussi quelque chose de beaucoup plus fondamental.

 

Elles racontent la manière dont le droit cherche à concilier deux exigences qui paraissent parfois incompatibles.

 

D’un côté, l’administration fiscale doit pouvoir clôturer les dossiers.

 

À un certain moment, les comptes doivent être arrêtés.

 

Les règles doivent devenir prévisibles.

 

Les décisions doivent acquérir un caractère définitif.

De l’autre côté, le législateur reconnaît qu’il existe des circonstances exceptionnelles où l’application mécanique des délais risquerait de produire un résultat profondément injuste.

Toute la difficulté consiste précisément à trouver un équilibre entre ces deux réalités.

Et c’est exactement ce que révèle l’affaire Kwong.

 

Les délais ne sont pas uniquement des limites

Lorsqu’on évoque un délai fiscal, nous pensons spontanément à une contrainte.

Une date à ne pas manquer.

Une échéance.

Une sanction.

Cette perception est parfaitement naturelle.

Pourtant, le droit attribue aux délais une fonction beaucoup plus importante.

Ils ne servent pas uniquement à limiter l’exercice de certains droits.

Ils servent également à les protéger.

Prenons un exemple simple.

Imaginez qu’aucun délai n’existe.

Une déclaration pourrait être remise en question vingt ans plus tard.

Un remboursement pourrait être demandé plusieurs décennies après les faits.

Une administration pourrait rouvrir un dossier à tout moment.

Une telle situation créerait une insécurité permanente.

Les délais protègent donc toutes les parties.

Ils permettent aux citoyens de savoir à quel moment leur situation est stabilisée.

Ils permettent également à l’administration fiscale d’exercer ses responsabilités dans un cadre prévisible.

Mais cette logique suppose une condition essentielle.

Que les délais aient été calculés conformément à ce que le législateur avait réellement prévu.

C’est précisément cette dernière question que l’affaire Kwong remet aujourd’hui au premier plan.

 

La pandémie a bouleversé plus que notre quotidien

Lorsque nous repensons à la pandémie, ce qui nous vient en tête ce sont les mesures de confinement.

Le télétravail.

Les difficultés économiques.

Les ruptures d’approvisionnement.

Les changements qui ont marqué notre vie personnelle et professionnelle.

Mais la pandémie a également bouleversé notre rapport au temps.

Pendant plusieurs mois, les repères habituels ont disparu.

Des projets ont été suspendus.

Des décisions ont été reportées.

Des démarches administratives ont attendu.

Dans un tel contexte, le législateur a reconnu qu’il était légitime d’adapter de façon provisoire certaines règles de calcul des délais.

C’est cette adaptation qui se trouve aujourd’hui au cœur de l’affaire Kwong.

Autrement dit, cette affaire ne porte pas uniquement sur une disposition du code fédéral des impôts américain.

Elle pose une question beaucoup plus universelle.

Comment le droit doit-il réagir lorsqu’un événement exceptionnel bouleverse durablement la vie de millions de personnes ?

 

Une décision judiciaire ne change pas seulement le droit

Nous avons parfois tendance à croire qu’une décision judiciaire produit un seul effet.

Elle dirait ce que signifie la loi.

En réalité, son influence est souvent beaucoup plus large.

Une décision importante oblige les administrations à réexaminer certaines pratiques.

Elle conduit les professionnels à revoir leurs analyses.

Elle amène les citoyens à relire des situations qu’ils considéraient comme définitivement réglées.

C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui.

L’affaire Kwong ne crée pas automatiquement de nouveaux droits.

Elle invite plutôt à vérifier si certains droits existaient déjà sans avoir été pleinement reconnus.

Cette distinction est importante.

Le juge n’invente pas la loi.

Il en propose une interprétation.

Et lorsque cette interprétation diffère de celle qui prévalait jusqu’alors, il devient naturel de s’interroger sur les conséquences qui pourraient en découler.

Une invitation à revenir aux faits

Si on devait résumer tout ceci en un seul mot, ce serait probablement celui-ci.

Depuis le début de ce feuilleton judiciaire, nous vous avons constamment invité à revenir aux faits.

Vos faits.

Votre dossier.

Vos documents.

Votre chronologie.

Cette démarche peut sembler modeste.

Elle est pourtant essentielle.

Le droit fiscal ne s’applique jamais à une situation théorique.

Il s’applique toujours à une histoire bien réelle.

La vôtre.

C’est pourquoi nous vous avons proposé de consulter votre relevé de compte fiscal.

De revoir certaines années d’imposition.

De distinguer les souvenirs des documents.

Puis d’examiner, avec prudence, si votre situation méritait d’être analysée plus en profondeur.

Nous n’avons jamais cherché à vous convaincre que vous aviez nécessairement droit à un remboursement.

Nous avons simplement voulu vous donner les moyens de vous poser les bonnes questions.

 

Le véritable enseignement de l’affaire Kwong

Au fond, le principal enseignement de cette affaire dépasse largement les délais fiscaux.

Il nous rappelle une réalité que nous oublions parfois.

Le droit n’est pas figé.

Il évolue.

Non pas parce que les règles changent chaque jour.

Mais parce que les tribunaux continuent d’en préciser les contours.

Cette évolution fait partie du fonctionnement normal d’un État de droit.

Elle peut confirmer des pratiques établies.

Elle peut aussi conduire à les remettre en question.

Dans les deux cas, elle rappelle une idée essentielle.

La sécurité juridique ne repose pas uniquement sur des règles.

Elle repose aussi sur la possibilité, pour chaque citoyen, de faire valoir ses droits lorsque des questions nouvelles apparaissent.

C’est précisément pour cette raison que les mécanismes de demandes de remboursement, de demandes conservatoires et d’annulation de certaines impositions existent.

Ils ne garantissent jamais un résultat.

Ils garantissent une possibilité.

Celle de faire entendre sa position dans le respect des règles prévues par le législateur.

 

Une réflexion avant de refermer ce guide

Permettez-nous de terminer par une image.

Nous imaginons souvent le droit fiscal comme une ligne d’arrivée.

Une date est fixée.

Elle est franchie.

Le dossier est fermé.

En réalité, il ressemble davantage à un phare.

Le phare ne modifie ni les courants ni les marées.

Il ne décide pas davantage de la destination des navires.

Mais il permet de poursuivre sa route en comprenant mieux les dangers qui nous entourent.

L’affaire Kwong joue aujourd’hui un rôle comparable.

Elle ne vous promet pas un remboursement.

Elle ne vous garantit pas que votre situation sera différente de ce que vous pensiez.

Elle vous offre quelque chose de plus précieux.

La possibilité de regarder votre propre dossier avec un regard nouveau.

Parfois, cette démarche confirmera que vous n’avez rien à faire.

Et cette certitude aura de la valeur.

Parfois, elle révélera qu’une question mérite d’être examinée plus attentivement.

Et cette découverte pourra s’avérer tout aussi importante.

Dans les deux cas, vous aurez remplacé une supposition par une analyse.

Et c’est probablement la meilleure décision que puisse prendre toute personne confrontée à une question fiscale complexe.

Car au-delà de l’affaire Kwong, c’est peut-être là le véritable rôle d’un conseiller.

Non pas décider à votre place.

Mais vous donner les moyens de décider en toute connaissance de cause.

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